SCPI Notapierre : que vaut vraiment son rendement de 4,10% ?
Notapierre affiche un taux de distribution de 4,10% en 2025, un rendement inférieur à la moyenne du marché des SCPI. Gérée par Unofi et réservée à la clientèle notariale, elle cumule aussi une surcote du prix de part et une liquidité tendue. On fait le point, sans filtre.

Notapierre en bref : ce que vous devez savoir avant d’investir
Notapierre est une SCPI de rendement à capital variable, créée en 1988 et gérée par Unofi-Gestion d’Actifs, une société historiquement liée à l’Union Notariale Financière. C’est d’ailleurs sa particularité la plus marquante sur le marché : cette SCPI reste réservée à la clientèle des études notariales, ce qui signifie que pour y souscrire, vous devez passer par votre notaire et non par une plateforme de courtage classique.
Avec près de 2,69 milliards d’euros de capitalisation et plus de 30 000 associés fin 2025, Notapierre fait partie des poids lourds du marché de la pierre papier. Cette taille lui permet de mutualiser le risque locatif sur un grand nombre d’immeubles, ce qui limite l’impact d’un locataire qui part ou d’un bien qui se vide.
Le patrimoine reste concentré sur un secteur précis. Les bureaux représentent près de 74% de la surface gérée, le solde se répartissant entre entrepôts, commerces, locaux d’activité et quelques actifs de santé. Géographiquement, plus de 71% du patrimoine se situe en province, notamment dans le grand ouest, contre seulement 3% à Paris intra muros.
Cette exposition dominante aux bureaux en région n’est pas anodine. Le marché des bureaux traverse une période compliquée depuis la généralisation du télétravail, avec une demande locative réduite dans plusieurs zones tertiaires. C’est un facteur à garder en tête avant de comparer Notapierre à des SCPI plus diversifiées ou positionnées sur la logistique et la santé.
Un rendement en dessous de la moyenne du marché
Le taux de distribution de 4,10% affiché en 2025 mérite d’être replacé dans son contexte. Ce chiffre, honorable en valeur absolue, se situe sous la moyenne du marché des SCPI de rendement, qui tourne plutôt autour de 4,9% à 5,5% selon les indicateurs retenus. L’écart avoisine donc un point de pourcentage chaque année, ce qui n’est pas négligeable sur un horizon de dix ou vingt ans.
Cette performance modérée n’est pas nouvelle. Le taux était de 3,63% en 2021 et 2022, avant de remonter à 3,75% en 2023 puis 4,10% en 2024 et 2025. La progression traduit un effort réel de la société de gestion, mais elle reste construite sur une base historiquement basse. Sur le temps long, les indicateurs de taux de rendement interne le confirment : 1,20% sur cinq ans, 2,88% sur dix ans, 4% sur quinze ans. Des chiffres qui intègrent les frais d’entrée, ce qui explique leur faiblesse à court terme.
Le taux d’occupation financier confirme cette tendance. Il s’établissait à 88,26% fin 2025, contre 89,10% en 2024 et 90,77% en 2023, et est tombé à 84,76% au premier semestre 2026. Plus de 15% du patrimoine ne génère donc aucun loyer à date, ce qui pèse mécaniquement sur la capacité de distribution future, malgré les efforts de relocation engagés par la société de gestion.
Le prix de la part cache une surcote à connaître
Le prix de souscription d’une part Notapierre est fixé à 340 €. Ce chiffre stable dans le temps rassure souvent les investisseurs peu familiers du marché des SCPI. Mais un prix stable ne signifie pas une valeur stable, et c’est précisément là qu’il faut regarder de plus près.
La valeur de reconstitution, celle qui reflète la valeur réelle des immeubles augmentée des frais nécessaires pour reconstituer le patrimoine, s’établissait à 311,26 € fin 2025. L’écart avec le prix d’achat dépasse donc 9%. Concrètement, vous payez votre part plus cher que ce que vaut réellement le patrimoine sous jacent au moment de l’achat. Ce n’est pas une anomalie propre à Notapierre, la plupart des SCPI fonctionnent ainsi pour couvrir les frais de collecte et d’acquisition, mais l’ampleur de l’écart mérite d’être connue avant de signer.
Pour votre capital, les premières années de détention servent en grande partie à absorber ce différentiel de prix, avant que les revenus locatifs et l’éventuelle revalorisation du patrimoine ne prennent le relais. C’est pourquoi la durée de détention recommandée sur ce type de placement s’étend sur dix à vingt ans, et non sur trois ou cinq ans.
La revente de vos parts est-elle vraiment garantie ?
C’est sans doute le point le moins mis en avant dans les fiches commerciales, et pourtant l’un des plus importants pour votre confort d’épargnant. Notapierre est une SCPI à capital variable, ce qui signifie que la revente de vos parts ne dépend pas d’un marché boursier organisé, mais de l’existence de nouvelles souscriptions capables de compenser les demandes de retrait.
Concrètement, quand vous souhaitez vendre vos parts, votre demande est enregistrée et honorée au fur et à mesure que de nouveaux investisseurs achètent des parts équivalentes. Tant que la collecte reste dynamique, ce mécanisme fonctionne sans accroc. Mais si elle ralentit, ou si de nombreux associés demandent à sortir en même temps, le délai de revente peut s’allonger, parfois de plusieurs mois.
Pour vous, cela veut dire une chose simple : n’investissez dans Notapierre que des sommes dont vous êtes certain de ne pas avoir besoin à court ou moyen terme, et gardez toujours une épargne de précaution facilement mobilisable à côté.
Souscrire chez le notaire : frais, financement et restrictions à connaître
Les frais de souscription de Notapierre s’élèvent à 9,60% TTC, prélevés au moment de l’achat des parts. Pour un versement de 10 000 €, cela représente environ 960 € qui partent directement en frais, avant même que votre capital ne commence à générer le moindre revenu. À cela s’ajoutent des frais de gestion annuels qui tournent autour de 11,40% TTC des loyers encaissés, un niveau qui se situe dans la partie haute du marché.
Deux options s’offrent à vous pour financer votre entrée. L’achat au comptant convient à un épargnant qui dispose d’un capital disponible et recherche des revenus complémentaires réguliers, versés chaque trimestre après un délai de jouissance de quatre à cinq mois. L’achat à crédit permet de profiter de l’effet de levier de l’endettement et de déduire les intérêts d’emprunt de vos revenus fonciers, ce qui réduit votre base imposable, mais suppose un effort de trésorerie mensuel pour rembourser les échéances, à valider avec votre notaire ou votre banquier avant de vous engager.
Sachez enfin que Notapierre comporte plusieurs restrictions pratiques qu’il vaut mieux connaître avant de vous projeter :
- elle n’est pas éligible au sein d’un contrat d’assurance vie, contrairement à de nombreuses SCPI concurrentes
- les versements programmés ne sont pas disponibles pour ce véhicule
- le démembrement de propriété, bien qu’évoqué par Unofi comme stratégie de transmission, n’est pas proposé directement sur les plateformes de souscription courantes
Notapierre est-elle faite pour vous ?
Notapierre s’adresse en priorité à un profil précis, celui d’un épargnant déjà en relation avec une étude notariale, qui recherche un placement immobilier mutualisé et accepte un horizon de détention long, entre dix et vingt ans. La solidité de l’ancienneté, la taille de la capitalisation et le report à nouveau conservé par la société de gestion, équivalent à plus de 70 jours de réserve de loyers, offrent une forme de sécurité dans la régularité des versements.
Si votre priorité est de maximiser le rendement, Notapierre n’est probablement pas le meilleur choix disponible aujourd’hui. Certaines SCPI concurrentes affichent des taux supérieurs à 5% voire 6%, avec parfois une meilleure diversification sectorielle et géographique. Avant de figer votre décision, comparez Notapierre à d’autres SCPI de rendement sur les mêmes critères : taux de distribution, taux d’occupation, surcote éventuelle et frais.
Pour une stratégie adaptée à votre situation patrimoniale et fiscale, rapprochez vous de votre conseiller en gestion de patrimoine ou de votre notaire avant toute souscription. Ces informations restent générales et les performances passées ne préjugent jamais des performances futures.
Vos questions sur la SCPI Notapierre
Notapierre, c’est risqué pour moi ?
Son profil de risque est classé modéré, mais la baisse récente du taux d’occupation et la surcote du prix de part sont deux éléments qui pèsent sur ce niveau de risque et méritent votre attention avant d’investir.
Pourquoi la revente de mes parts peut prendre du temps ?
Parce que Notapierre est une SCPI à capital variable dont la liquidité dépend du rythme de la collecte, comme expliqué plus haut. Un ralentissement de la collecte peut donc allonger le délai de revente.
Combien de temps dois-je garder mes parts ?
Entre dix et vingt ans, l’horizon nécessaire pour amortir les frais de souscription et laisser le temps aux revenus locatifs de compenser l’écart entre prix d’achat et valeur réelle du patrimoine.